• Chariʿa, Tariqa, Haqiqa, Maʿrifa, quelles interactions ?

    Propos de Hakimoul Oummat Hazrat Mawlana Achraf Ali Thanwi

    Définition de Chariʿa, Tarîqa, Haqîqa, Maʿrifa et leur interaction.
     

    La Charîʿa – شریعت – est l’ensemble des commandements divins, interdits et obligations, prescrits à l’être Adamique. Elle concerne aussi bien les actions extérieures que les actions intérieures.
    Dans la terminologie des premiers savants, le mot Fiqh – فقه – avait la même signification. Il est rapporté de Imâm Abou Hanîfah la définition suivante du Fiqh :

    معرفة النفش ما لها و ما عليها


     
    Le Fiqh est la détermination de tout ce qui est profitable et nuisible à l’être humain.


     
    Les savants postérieurs ont par la suite défini le Fiqh comme la branche des actions extérieures, et le Taçawwouf – تصوف – (soufisme) la branche des actions intérieures.
    Les différentes voies, écoles ou méthodes de correction intérieures de la branche du Taçawwouf sont appelées Tarîqate – طریقت –

    La correction de ces actions intérieures et extérieures fait naître une illumination et une pureté de l’âme qui amènent le dévoilement de certaines réalités concernant les propriétés des créations, particulièrement des actions bonnes et mauvaises, l’essence et les attributs divins, ou encore à propos de l’action divine, particulièrement dans les relations entre Le Seigneur et Ses serviteurs.
    Ces dévoilements sont appelés : Haqîqate – حقيقت – : vérités, réalités.
    Le dévoilement lui-même est appelé : Maʿrifa – معرفت –
    Celui qui bénéficie de ce dévoilement est appelé : ‘Ârif – عارف – ou Mouhaqqiq – محقق –


    Toutes ces branches et sous-branches font partie intégrante de la charîʿa. La définition répandue de la charîʿa la désignant comme la branche traitant uniquement les actions extérieures, n’est rapportée d’aucun savant reconnu.
    De plus, cette opinion populaire est nuisible aux gens eux-mêmes, car elle induit la croyance – erronée – de la séparation entre l’extérieur et l’intérieur.

    بصائر حکیم الامت صفحة 99 — التکشف صفحة 111

    Notes du traducteur

    De nos jours, le terme arabe Charîʿa – شريعة – est employé généralement de manière péjorative ou négative : on le restreint au système judiciaire et aux sanctions pénales des délits ou crimes, alors qu’il a des sens positifs et nobles.
    Voici ses différentes significations : bonne manière de se comporter, chemin droit, sentier qui mène à l’eau, établir une loi, montrer et éclaircir une voie, ouvrir un nœud, ouvrir une porte sur un chemin, élever une chose.

    Allah Le Très-Haut emploie ce mot une seule fois dans tout le sublime Qour’âne dans un verset, et lui donne ses nobles significations dans un verset suivant :

     ثُمَّ جَعَلۡنَـٰكَ عَلَىٰ شَرِيعَةٍ۬ مِّنَ ٱ لۡأَمۡرِ فَٱتَّبِعۡهَا وَلَا تَتَّبِعۡ أَهۡوَآءَ ٱلَّذِيْنَ لَا يَعۡلَمُونَ (١٨) إِنَّہُمۡ لَن يُغۡنُواْ عَنكَ مِنَ ٱللَّهِ شَيۡـًٔ۬ا‌ۚ وَإِنَّ ٱلظَّـٰلِمِينَ بَعۡضُہُمۡ أَوۡلِيَآءُ بَعۡضٍ۬‌ۖ وَٱللَّهُ وَلِىُّ ٱلۡمُتَّقِينَ (١٩) هَـٰذَا بَصَـٰٓٮِٕرُ لِلنَّاسِ وَهُدً۬ى وَرَحۡمَةٌ۬ لِّقَوۡمٍ۬ يُوقِنُونَ (٢٠) 


    Puis Nous t’avons mis sur la Voie de l’Ordre (une religion claire et accomplie). Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas. (18) Ils ne te seront d’aucune utilité vis-à-vis d’Allah. Les injustes sont vraiment alliés les uns des autres ; tandis qu’Allah est le Protecteur des pieux. (19) Ceci (le Coran) constitue pour les hommes une source de clarté, un guide et une miséricorde pour des gens qui croient avec certitude.  45/18-20

    La Chariʿa, définie par Allah Le Très-haut Lui-même, est donc : une clairvoyance, une voie claire et droite qui mène vers Allah, une miséricorde pour celui et celle qui la suit.

    L’objectif du Taçawwouf

    L’objectif de la voie du Taçawwouf est la correction et la réforme des actions intérieures ; le Zikr, les litanies et autres exercices spirituels constituent des moyens pour y parvenir.

    Dans toutes les disciplines, lorsque les coutumes prennent le dessus, les vérités sont voilées. L’objectif de la voie du Taçawwouf n’est pas la pratique du Zikr et d’autres exercices spirituels particuliers. Ceux-ci sont des moyens qui permettent d’arriver avec certitude au véritable but qui est la correction des actions intérieures.

    Si en même temps, le chercheur ne fait pas d’effort pour sa correction intérieure, ces exercices spirituels ne lui seront pas non plus entièrement bénéfiques ; tout au contraire, ils risquent même d’accentuer certaines maladies de l’âme comme la fierté et l’orgueil !


    Si on avance que les remèdes des maladies de l’âme étant décrits dans les livres du Taçawwouf, il suffit pour une personne de les consulter pour traiter ses propres maladies, et il n’est donc pas nécessaire de prendre un maître -cheikh – pour se réformer. La réponse est : en dépit de tous les livres de médecine disponibles, pourquoi un malade ressent-il le besoin de consulter un médecin ? Cette nécessité est aussi valable concernant les maladies de l’âme ; et en y réfléchissant, on peut même dire que le besoin d’un « médecin de l’âme » se fait plus ressentir dans le domaine spirituel, car dans le domaine physique, les symptômes que ressent le malade l’amènent à consulter un médecin qui déterminera la cause des symptômes et le traitement adéquat.


    Tandis que certaines maladies de l’âme – comme la fierté, l’orgueil, l’ostentation – sont tellement cachées et insidieuses que la plupart du temps, la personne atteinte ne se considère pas comme malade, et de ce fait, ne ressent pas le besoin de se faire soigner. Le médecin de l’âme, le Cheikh, a donc une fonction supplémentaire par rapport au médecin du corps : celle de révéler au malade sa maladie.


    En résumé : le médecin du corps n’a que deux fonctions : déterminer la maladie à partir des symptômes et proposer le traitement adéquat. Le médecin de l’âme a souvent une troisième fonction : dire à une personne qui se croit en bonne santé qu’elle a telle maladie grave !


    Et à notre époque, la profusion des livres et la négligence générale nous détournent de nos propres maladies intérieures. Cela est un fait constaté non seulement parmi les non-savants, mais aussi parmi les savants religieux. Il n’y a que la compagnie des maîtres spirituels et la lecture de leurs écrits qui peuvent nous faire prendre conscience de nos maladies de l’âme ; ou tout simplement les indications de notre maître lui-même.



    مجالس حكيم الامت صفحه 45

    « Madjâlice Hakîmoul Oummate » est un recueil de propos de Hazrate Maoulânan Ashraf Ali Thanewi (rah) de plus de 300 pages, transcrits par Hazrate Moufti Chafî’ Ousmâni (rah) [1897-1976], un de ses éminents Khalîfah et le Grand Moufti du Pakistan à son époque. Fondateur du Dâroul-Ouloûm Karachi, père de Hazrate Moufti Taqi Ousmânî, auteur du célèbre commentaire coranique de 8 volumes en ourdou Ma’ârifoul-Qour’âne – معارف القران -.

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