Comment les valeurs de l’islam s’appliquent dans la ruralité, le témoignage de Lucas.
Vivre et travailler en dehors des villes c’est se reconnecter à la nature, à la création, le lieu de manifestation du Divin.
La ruralité comme résistance spirituelle
La vie simple devient extraordinaire dans un monde en crise, un acte de résistance contre la déconnexion moderne et une restauration de la dignité humaine productrice.
Ici c’est produire plutôt que consommer, être à la source et participer au vivant en « touchant la terre »
Le métier peut devenir acte d’adoration
Pour lui, choisir son métier devient un acte théologique, en formulant une question clé : Où vais-je le plus œuvrer pour Dieu ?
Cela traduit une conception forte du concept islamique de ʿibāda élargie : toute action peut devenir adoration si l’intention est droite.
L’agriculture n’est pas seulement un métier,
Elle est aussi participation à l’ordre divin, service au vivant et restauration d’équilibre. En tant que « khalifa » traduit par « représentant de Dieu sur terre » chaque être humain doit trouver sa « voie », cette voie est sa contribution à l’équilibre du monde.
Le métier devient la grande œuvre présentée à Dieu. L’agriculteur n’est pas marginal, il est acteur de la justice alimentaire.
Dans le monde moderne deux modèles agricoles s’opposent : Un modèle industriel basé sur la quantité l’uniformisation et le rendement, un modèle d’artisanat rural basé sur la qualité, le respect du vivant et l’éthique. En islam trois concepts clés nous aident à appliquer ce modèle vertueux : le Ṭayyib (pur, sain) L’aliment doit être moralement et biologiquement sain. L’ Iḥsān (excellence). Sans rechercher la qualité dans son travail la Baraka (bénédiction) disparait, pour Lucas la perte de baraka est plus grave qu’une perte financière.
La ruralité devient un espace de contemplation, un espace de guérison du mal-être moderne et un antidote à la déconnexion urbaine, au matérialisme, à la virtualisation de la vie et à une existence « hors sol » car Dieu nous parle à travers la révélation, le Coran et également à travers la création le « livre ouvert ». Le monde est un ensemble de signes (āyāt). La nature n’est pas Dieu*, elle est un support de rappel qui réveille la fitra (nature originelle).
L’agriculture n’est pas une stratégie d’enrichissement matériel, la richesse recherchée est spirituelle.
L’abeille : symbolique coranique centrale
Lucas fait référence à la sourate 16, An-Naḥl (L’Abeille) et évoque les versets 68-69 dans lequel l’abeille reçoit une « inspiration » (waḥy, le même terme utilisé pour « révélation ») Le miel y est qualifié de « shifā’ » (guérison). Travailler avec l’abeille c’est être au contact d’un être inspiré par Dieu et produire du miel c’est participer à une guérison voulue par Dieu.
Il perçoit l’apiculture comme un honneur et la proximité avec un miracle permanent.
Islam et vivre-ensemble, un rôle social
Lucas se définit comme autochtone, montagnard, musulman et apiculteur. Il est retourné habiter dans son village natal où il retrouve la proximité de ses parents, ainsi ont vécu de nombreuses générations dans le monde traditionnel, avant le « modernisme ».
Si les gens connaissaient vraiment le message de l’islam, il y aurait moins de peur et de haine, sa posture d’acteur local intégré dans le territoire français est apaisante. Lucas incarne une identité non conflictuelle entre France rurale et islam, loin des épouvantails communautaristes.
* à la différence du panthéisme